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L'accord trouvé cette nuit pour enrayer la crise de l'Union économique révèle que l'Allemagne est devenu le pays pivot de l'Europe. Sans elle, ce "vieux continent" ne pourrait retrouver la crédibilité, la confiance nécessaires pour refaire partir le cercle vertueux d'une croissance minimale.
La gouvernance de l'Europe est aux mains des allemands, tout simplement parce qu'avant tous les autres, ils ont su mettre en place, de manière consensuelle et douloureuse tout à la fois, les mesures adaptées à la situation de crise que nous traversons depuis plus de quatre ans.
Cette situation n'est pas le fait du hasard.
La société allemande est plus disciplinée et avance de manière contractuelle et non conflictuelle, comme en France par exemple. Ensuite elle est pragmatique et se sert opportunément des situations nouvelles qui se sont créées depuis 1989: réunification de l'Allemagne avec le soutien de l'Europe, ouverture de l'Union aux anciens pays de la sphère soviétique, renaissance de l'ancienne zone naturelle d'influence allemanique, zone de chalandise naturelle,.... L'Allemagne s'est ainsi retrouvée à disposer d'un grand marché propre au sein de l'Europe, environ 200 millions d'habitants, et à bénéficier de conditions de compétitivité relative avantageuses par rapport aux autres pays européens, dont ceux du Sud de l'Europe.
Enfin, celui qui pratique couramment le benchmark avec l'Allemagne, ce qui est notre cas, au sein du Cluster WEST, doit constater, non sans amertume, combien cette société allémanique est efficace lorsqu'elle décide contractuellement de s'engager dans une stratégie de développement de filières.
C'est le cas en agriculture et en agroindustries. L'Allemagne est en train de prendre le leadership à la France dans de nombreux secteurs, car elle a su donner à ses agriculteurs l'accès à de nouveaux revenus en ouvrant les champs de la valorisation de leur biomasse végétale ou animale, ou de leurs déchets, qualifiés, pour beaucoup, de coproduits. En France , c'est plus long, car il faut bouger les lignes des certitudes du monde la recherche, des habitudes professionnelles, des corporatismes, des lobbies, des administrations et des grands corps techniques de l'Etat qui "savent parce qu'ils servent l'intérêt général" ou tout simplement, plus que de raison, par démagogie electorale, des revendications idéologiques des écologistes. Le Grenelle de l'environnement, celui de la mer, qui a suivi, en ont été une belle illustration. Les voies de progrès ont été difficiles à définir et certaines d'entre elles sont déjà remises en cause.
Tout se tient. L'accord de cette nuit nous renvoie à notre situation, peu brillante.
L'heure est à la reconstruction d'un modèle économique dynamique, basé sur des valeurs de créativité, de flexibilité et de solidarité tout à la fois. Il nous faut largement amendé nos façons de vivre ensemble, en cessant de nous abriter derrière des pouvoirs de règlementation, des exclusives sous forme d'attribution de labels, un principe de précaution inhibant et des comportements frileux et individualistes.
Ce chantier est à notre portée. Les clusters, ou réseaux d'entreprises, le travail en meute, sont pratiques courantes en Allemagne.
La boucle est bouclée. L'Allemagne vient de nous en donner une belle illustration et nous invite à plus de discipline et de créativité collectives. A bien prendre en compte.